Le 17 juillet 2025, la Chaire Renel était présente à la table ronde internationale organisée à l’Escuela Politécnica Nacional (EPN) de Quito, en partenariat avec le Département d’économie quantitative de l’EPN et le Bureau d’économie théorique et appliquée (BETA) de l’Université de Lorraine.
Sous le titre délibérément provocateur « Les économistes nous ont-ils abandonnés ? » (¿Nos están fallando los economistas?), l’événement a rassemblé plus de 80 participants, désireux d’en apprendre plus sur rôle de l’économie dans un monde marqué par de nouveaux défis.

Un fossé entre théorie et réalité ?
Dès les premières interventions, le ton était donné : le modèle économique dominant, abstrait, normatif et déconnecté des réalités du terrain ne suffit plus. Ainsi, Wilson Pérez, de la FLACSO (Facultad Latinoamericana de Ciencias Sociales), a mis au jour la nécessité de remettre en question la position souvent hégémonique de l’économie dans les sciences sociales. Il a rappelé que derrière les équations et les graphiques, il y a avant tout des vies et des choix. Cependant, José Ramírez, membre de l’EPN a souligné l’importance de ne pas renoncer à la rigueur mathématique, mais d’oser des modèles plus complexes, plus réalistes, susceptibles de mieux saisir l’incertitude et les dynamiques sociales. Enfin, Julio Galárraga (UDLA – Universidad de la Américas) a résumé l’enjeu d’un dialogue plus approfondi entre recherche et société d’une phrase simple mais puissante : « Les données sont des personnes. ».
Le besoin urgent d’ancrer dans la pensée économique les trajectoires humaines est d’ailleurs un des piliers de la Chaire RENEL qui s’efforce notamment à travers ses différents partenariats institutionnels et son troisième axe de travail intitulé : « L’implication des acteurs privés dans les missions d’intérêt général », de faire converser les acteurs publics et privés avec les chercheurs.

Former des penseurs, pas seulement des techniciens
Un autre point saillant de la discussion a concerné l’enseignement de l’économie. Ainsi, les deux membres de la Chaire RENEL présents – Verónica Acurio Vásconez et Alexandre Mayol – ont insisté sur le fait que les universités ont une responsabilité bien plus grande que la seule transmission de compétences techniques. Ainsi, pour chacun des responsables d’un parcours de Master, les cours d’économie se doivent d’avant tout former des esprits critiques, capables non seulement de reproduire les modèles présentés mais également de les remettre en question en comprenant leurs limites. Concrètement, cette conférence a aussi été l’occasion de formuler plusieurs propositions dans l’objectif transformer les formations en économie. Il s’agit notamment de mieux intégrer les compétences transversales comme la pensée critique, la communication et l’oratoire, de multiplier les expériences de terrain, et de créer des espaces de débat éthique autour des grands enjeux contemporains, à l’instar de l’intelligence artificielle ou de la transition écologique.
Cette vision nouvelle de la pédagogie résonne d’ailleurs tout particulièrement avec celle portée par la Chaire RENEL, puisque cette dernière tente depuis plusieurs années, de sensibiliser les jeunes générations aux enjeux locaux environnementaux tout en leur donnant tous les outils économiques. Le soutien de plusieurs doctorants ou encore l’offre importante de stages pour les étudiants de master sont autant d’exemples

L’éthique au cœur de la pratique économique
Un autre thème transversal a traversé les échanges : l’éthique. Quelle responsabilité porte l’économiste quand il construit un modèle, quand il interprète des données, quand il intervient dans le débat public ?
Les intervenants ont mis en garde contre les discours trop simplistes, contre la manipulation volontaire ou non des données, et contre une forme de technicisme qui peut masquer des choix profondément politiques. Alexandre Mayol, spécialiste des questions de tarification de l’eau, a évoqué quant lui la difficulté mais aussi l’importance pour les chercheurs de contribuer au débat public, tout en restant honnête sur les incertitudes. Wilson Pérez et Verónica Acurio Vásconez quant à eux plaidaient pour un renouveau de l’histoire de la pensée économique, afin de mieux comprendre les racines des modèles actuels, mais aussi leurs impensés.

Une coopération franco-équatorienne renforcée
Ce moment de réflexion collective à Quito a été aussi l’occasion de renforcer les liens entre la Chaire RENEL et ces collègues de l’EPN. Par ailleurs, il a été suivi par un séminaire entre les membres de la Chaire RENEL et ceux de l’EPN au cours duquel Verónica Acurio Vásconez a pu discuter un de ces derniers travaux en date : « Carbon Tax, Green QE, and Monetary-Fiscal Trade-offs: Managing the Costs of the Energy Transition », tandis qu’Alexandre Mayol a exposé un travail coécrit avec deux autres membres de la Chaire Mehdi Guelmamen et Serge Garcia intitulé « Inter-municipal cooperation in drinking water supply: Trade-offs between transaction costs, efficiency and service quality ». Ce partenariat académique, déjà solide, se renforcera dans les mois à venir. Le 18 août, un accord de coopération académique a été signé par le Département d’Économie Quantitative (DEC) de l’EPN et la Faculté de Droit, Sciences Économiques et de Gestion (DSEG) de l’Université de Lorraine. Cet accord permettra la mobilité étudiante et enseignante, et illustre parfaitement le type de collaboration que la Chaire RENEL entretient avec les établissements partenaires.
C’est d’ailleurs grâce à ce partenariat que nous aurons le plaisir d’accueillir des chercheurs de l’EPN lors de la 5ᵉ conférence internationale de la Chaire RENEL, qui se tiendra en 2026 à Metz, ainsi que leurs étudiants, qui participeront à la Summer School en macroéconomie avancée, organisée par Verónica Acurio Vásconez à Nancy cette même année.
Par Célian Blondeau-Toiny.
Crédit photos : EPN












